Je crois qu'au fond de moi je n'oublierai pas ton combat, tes pleurs, tes chutes, tes rires, tes bisous mouillés qui me faisaient rire, tes mots à peu près compris mais trop mal prononcés, tes jouets qui se promenaient partout dans la maison, les discussions avec toi où tu ne comprenais absolument rien mais où tu faisais semblant d'y participer en me regardant de temps en temps, histoire de me faire comprendre que tu me suivais, même si tu t'en foutais royalement. Tout ça est parti, et ne reviendra plus.
La salle, blanche, au parfum de fleurs, transportait une sensation particulière, qui me faisait monter les larmes aux yeux, parce qu'à ce moment là j'ai vu ton cercueil, petit, de ta taille. Tu n'avais pas deux ans. Et toute la salle était remplie de fleurs, parce que tu le méritais, tout ça.
Parce que tes rires dans l'hôpital ne reviendront pas, tes avancées sur ton fameux tricycle non plus, parce que tu n'es plus là. Je suis triste, je l'ai été, et je le serai toujours, parce que tu étais comme mon frère, la seule petite personne pour qui j'avais autant d'affection. Parce que ta petite bouille adorable va me manquer, les photos reçues aussi, il n'y en aura plus, plus jamais. Peut-être ton futur petit frère, peut-être, mais ça ne sera jamais pareil. Parce que tu me manques énormément.
Le crématorium, c'était une bonne idée. Enterrer un enfant c'est terrible, parce que tu sais, moi je n'y crois pas à tout ça. Et même si le parfum des fleurs et l'ambiance de cette pièce resteront, toi tu seras là encore plus longtemps quand même. Tu sais Kieran, le Jardin de Mémoires, c'est un lieu magnifique, un lieu enchanté, beau pour toi, beau pour nous. Tu sais cette larme qui coule sur ma joue, c'est du bonheur mélangé à de la tristesse. Tu sais, cet olivier, j'irai longtemps le contempler pour toi, parce que tu as voulu vivre, et tu vivras encore, mais dans nos c½urs cette fois-ci.
Tu étais pourtant bien parti, tu avais tout pour vivre, mais l'infection, ton aorte qui céda, l'hémorragie, t'ont tué. Tu sais c'est dur. Et même si je m'identifie à certaines personnes, je suis encore désolée, parce que si j'avais plus pensé à toi, peut-être que tu serais encore là, tu ne crois pas? Moi j'y crois, malheureusement. Et je m'en veux, je me dégoute. De croire que tu serais sauvé parce qu'il y avait une minuscule amélioration, et oser ne plus y penser après, mais quelle idiote...
Je me sens mal, certains vont-ils comprendre? Mais imagine la souffrance de ses parents. Oui, et alors? Moi je souffre aussi, et même si leur souffrance, c'est la mienne décuplée par mille, par l'infini, je suis désolée, mais j'ai mal. Très mal. Trop mal. Et tu sais, j'ai honte, parce qu'au moment où j'ai voulu la prendre dans mes bras, mes larmes m'ont rattrapée, et c'est elle qui m'a consolée. Elle, ta mère. J'ai honte.

Au revoir Kieran. Oui, au revoir, parce qu'on se reverra. C'est ce que je me suis dit en touchant ton cercueil et en partant. Parce que l'océan te gardera pour toujours, tu ne partiras jamais réellement...

# Posté le vendredi 14 décembre 2007 08:24

Modifié le dimanche 23 décembre 2007 12:27